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Hésiode

Hésiode

Biographie

(© Extrait de la préface que donne l’éditeur et traducteur de cet ouvrage paru dans la collection « Cardinales », Gianfranco Stroppini. Reproduction interdite).

Entrer dans l’univers de la radieuse surréalité c’est l’objet de tous les officiants d’une quelconque liturgie, une cérémonie de caractère mystique qui veut vous arracher au quotidien pour vous introduire dans un ailleurs sublimé.

Avec la Théogonie nous nous situons dans le contexte de la poésie épique adaptée au mythe. Il s’agit bel et bien de porter l’auditeur, sur les ailes d’un rythme de longue date affiné, la « dictio epica » : la déclamation épique. Celui qui déclame est l’aède. Le mot dit de par l’étymologie-même qu’il s’agit d’une sorte de chant. Il est d’origine grecque, sans doute en allant plus amont avec Georges Dumézil, indo-européenne. Mais zut ! Il paraît que le mot déplait : rayons-le de la langue. L’hexamètre dactylique est le vers dont il s’agit. Par son ampleur (six mètres, dactyles ou spondées, avec une césure en son milieu) ce vers était magnifiquement adapté à la grandeur épique des exploits déclamés. Il arrachait l’auditeur à la réalité ordinaire d’autant plus aisément que le rythme de chaque mètre étant ternaire et la déclamation des hexamètres accompagnée de sons musicaux, il se sentait emporté dans une sorte de vertige, comparable à celui de la valse. L’aède se fait donc prêtre par l’art de déclamer, il arrache l’esprit à ses pesanteurs pour en­trer dans une radieuse surréalité.

Il s’en suit que, pour bien saisir toute la grandeur extatique de la poésie épique grecque ou latine, s’il est nécessaire d’appréhender le sens des groupes syntaxiques et lexicaux s’entrelaçant d’un vers à l’autre, il nous paraît d’abord essen­tiel d’apprendre à déclamer l’hexamètre dactylique, de même que dans l’opéra lyrique il importe bien davantage de se laisser porter par la musicalité, quoi que nous appréhendions de la phraséologie. Il est vrai que nous sommes loin de là notam­ment en France où les questions de nationalisme larvé jusque dans l’expression orale réduisent les phonèmes étrangers à des sons incongrus.

Donnons à la déclamation incantatoire toute sa place plutôt que nous exténuer à de stériles explications de texte.

Il faut prendre Platon au sérieux lorsqu’il fait dire à Socrate s’entretenant avec Ion que le poète est inspiré par dieu et que l’aède déclame par inspiration divine. Même Montaigne y a gagné son style à sauts et à gambades.

Pour ce qui concerne la vie d’Hésiode, il en va comme pour Homère. Rien à dire. Le prêtre-poète serait né à Ascra, en Béo­tie vers la moitié du VIIIe siècle La Théogonie, le Catalogue des femmes, Les Travaux et les jours, forment un tout, à notre sens et à celui de la critique en général, indissociable. Il en va du reste ainsi des œuvres homériques (Iliade, Odyssée, Hymnes) comme de l’œuvre monumentale du Mantouan (Bucoliques, Géorgiques, Eneide). Décidément le rythme ternaire (celui de la valse vertigineuse) obsédait l’entendement du monde indo-européen « Die Indo-Germanen » disent nos voisins d’outre Rhin, dont la cohorte des philologues demeure impressionnante. Mais bien au-delà de la racine trilitaire philologiquement parlant avec les schwa à la clef, nous voici en­traînés avec la Théogonie dans les fables chantant les gestes des héros et des dieux, l’univers mythologico-religieux secrété par l’âme grecque depuis les temps primordiaux. Pourrait-on sérieusement imaginer qu’Hésiode les a inventés de toutes pièces ? Il s’agit, pour rester dans le vraisemblable, d’une ré­élaboration de récits préexistants, de croyances anciennes, d’œuvres perdues hélas ! Récollection laborieuse sans doute et géniale assurément d’un corpus qui se veut révélateur d’une vérité profitable aux hommes de bonne volonté, sanctionnée de surcroît par l’univers des dieux et des déesses. D’autre part il est tout aussi impensable qu’Hésiode n’ait pas subi la contamination des récits mythologiques venant du monde mycénien si proche de la Béotie, comme du monde hittite avec les figures saisissantes d’Alalalus (dieu du ciel), Kumpari et autres divinités.

Nous nous sommes servi pour ce qui concerne le texte grec de celui retenu par Graziano Arrighetti dans son édition Esiodo Teogonia parue à la B.U.R. Rizzoli, Milano 2004, sans rien y changer. En revanche la tradition française en matière de ponctuation nous a contraint à des adaptations. Il en a été de même pour la translation du nom des divinités. Nous rendons hommage à l’érudition et à la compétence du philologue italien. Nul d’autre part n’étant comptable des manques d’autrui, nous assumons les critiques éventuelles du lecteur touchant à notre apparat critique et à la traduction en langue française, sans préjudice aucun pour le philologue transalpin. Nous disons enfin clairement que la numération des vers qui accompagne notre traduction française ne recoupe pas nécessairement celle du texte grec originel, quelque effort que nous ayons consenti pour ne pas trop nous en éloigner. Dans notre préface en caractères italiques le titre des ouvrages cités est en caractères latins. Dans l’apparat critique en revanche les titres des oeuvres référenciées sont en italiques.

Pour ce qui est de la biographie de Gianfranco Stroppini, éditeur et traducteur du grec, de la Théogonie d’Hésiode, prière de se reporter au dossier que nous lui avons consacré dans notre site.

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