Quentin Debray

Le Chevalier de Bouvines.

 

Le Chevalier de Bouvines ( Orizons, 2026 ) constitue le deuxième volet de ce que l’on pourrait appeler le « triptyque médiéval » de Quentin Debray, et qui comprend : le roman Le Roi de Jérusalem  dont l’intrigue se déroule au temps des croisades ; celui de ce Chevalier qui se déroule sous le règne de Philippe Auguste ; enfin La Route de Soissons, encore à paraître, qui plongera son lecteur dans le passé plus reculé des Francs et du règne de Clovis.

 

L’action de cette « fiction historique » s’organise entre le sac de Béziers (1209) et la bataille de Bouvines (1214), partant d’un château provençal, proche de Barjols, pour remonter ensuite vers la Bourgogne, celle notamment des moines de Cîteaux, et se poursuivre à Paris dans les milieux étudiants des « goliards », avant de s’achever sur le champ de la fameuse bataille. C’est l’occasion pour le « conteur-Debray »de susciter devant nous un foisonnement de personnages, dames et chevaliers, clercs et laïcs, nobles et manants, et des sous-intrigues – à commencer bien sûr par celles, sentimentalo-amoureuses, quand elles ne sont pas carrément sexuelles, même si, je crois, on aurait tout intérêt à penser que l’ambition de l’auteur ne s’est pas circonscrite à cette unique dimension fictionnelle de «  dépaysement historique. »

 

Certains indices, dans le cours de la lecture de ce Chevalier – exposé de la théologie d’Alexandre de Halès, rencontre avec les Victorins, échanges théoriques avec les cisterciens – prouvent en tous cas que Quentin Debray à visé, sinon plus haut, du moins plus loin que le simple divertissement de son lecteur –rien de moins peut-être que la reconstitution d’une époque entière dont la caractéristique principale, contrairement à la nôtre, était que rien n’y était encore séparé : la chair et l’esprit, le politique et le religieux, l’horreur et le merveilleux, le proche et le lointain.

 

C’est à mon avis cette tentative de reconfigurer un monde, celui de ce début du XIIIe siècle, regardé par certains historiens  comme un «  âge d’or », avec toutes les précautions qu’il s’agit de prendre avec ce genre de notion, qui fait le charme principal du livre, charme que renforce encore, faut-il le préciser, la grande qualité stylistique de l’écriture de cet auteur, ce qui certes n’étonnera que ceux qui n’ont pas encore lu ses autres ouvrages.

 

La vertu essentielle de ce Chevalier de Bouvines est donc que tout en jouant à fond le jeu du « roman historique », ce vieux projet des classiques « d’instruire en divertissant », il n’hésite pas pour faire sentir l’entrelacement des différentes dimensions  de la société de cette époque, à rompre avec tous les clichés ( historiques) et autres règles (littéraires) du genre.

 

J’en veux pour preuve, dans le domaine des relations hommes-femmes, la grande sensualité qui émane de certaines scènes d’amour, voire de sexualité, qui fait qu’on se retrouve soudain à des années lumière de « l’amour courtois » et autres stéréotypes ordinairement associés à l’époque : le moins que l’on puisse dire, c’est que le Moyen Âge de  ce Chevalier transcende toute notion de « roman historique » pour devenir une sorte de méditation en actes et en « fictions » avec ce que sont en vérité « l’historicité » et le devenir des sociétés humaines : ce que l’auteur lui-même appelle : « Le lignes de force de l’humain permanent. »

 

Pierre Le Coz

 

 

 

 

 

 

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