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Donatien Alphonse François de Sade

Biographie

Né le 2 juin 1740, mort le 2 décembre 1814, le marquis de Sade a été certainement l’un des plus grands écrivains du XVIIIe siècle. Il incarne la volonté d’aller jusqu’au bout dans l’expérience d’écrire et il en a payé le lourd prix ; à l’exception de quelques cas, notamment sous la dictature soviétique, le marquis de Sade a été parmi les intellectuels occidentaux, et français en particulier, celui qui a été le plus longtemps détenu, au grand carrefour des mutations historiques du XVIIIe et début du XIXe siècle ; il a été emprisonné sous la Monarchie, la République, le Consulat, l’Empire : au total vingt-sept ans sur les soixante-quatorze années de sa vie. Il est mort à l’asile d’aliénés de Charenton Saint Maurice. La haine de la littérature, constante à travers le temps, elle censée dire le monde tel qu’on le fantasme mais surtout tel qu’il est, aura été, pour le Divin Marquis, et son aiguillon et son supplice. Au total, son œuvre demeure l’un des témoignages les plus étranges et les plus fulgurants de l’acte d’écriture.
Son œuvre, méprisée, lue sous le manteau tout au long du XIXe siècle, était néanmoins admirée par Flaubert ; elle intriguait les frères Goncourt ; Sainte-Beuve voyait en elle l’un des courants irrigant l’écriture moderne et il l’associait à celle de Byron comme une inspiratrice des thèmes et des audaces de l’avant-garde de son temps.
On pourrait s’étonner qu’un monument aussi considérable fût strictement interdit pendant un siècle et demi ; en 1957, l’éditeur Jean-Jacques Pauvert, quoique défendu par un des plus fameux avocats de l’époque, Maurice Garçon, a été condamné à la confiscation et la destruction des ouvrages saisis. Époque lointaine pourtant, si l’on songe que, trente-trois années plus tard, on adoubait des textes qui avaient, jadis, jeté l’effroi, en les publiant, sous la direction de Michel Delon, dans la sacro-sainte collection de la Pléiade. Il n’a pas été jusqu’aux éditions Jean de Bonnot, connues pour ne donner que des classiques consensuels, d’éditer, en quatre volumes richement habillés, la fameuse Justine, passée désormais au panthéon des personnages mythiques et emblématiques de la littérature universelle.
Il est vrai que la réhabilitation vient de loin, tantôt avec passion ou avec réserve. Convoquons, ici, les noms d’Apollinaire, de Barthes, de Bataille, de Simone de Beauvoir, de Breton, de Desnos, d’Éluard, de Michel Foucault, de Klossowski, de Lacan, de Queneau, de Sollers, d’Éric Marty et de tant d’autres. Il est vrai aussi que les éditeurs clairvoyants de Sade et des biographes inspirés n’ont pas manqué. Citons d’abord Paul Bourdin, Maurice Heine surtout, Gilbert Lély dont le travail extraordinaire précède les Œuvres complètes du Marquis parues aux éditions Tête de Feuilles, parues en 1973, aujourd’hui introuvables chez les libraires : la vie de Sade au jour le jour, sur plus d’un millier de pages. Et toujours J.-J. Pauvert qui encourut, nous le disions, une peine correctionnelle en première instance, mais que la Cour d’Appel révoqua en déclarant Sade écrivain à part entière. Sade vivant en trois volumes témoigne de la fidélité de l’éditeur, devenu écrivain, à un auteur qui n’est pas seulement hors du commun mais qui nous a appris à approcher l’homme dans son humanité totale : divine par le mythe et l’effort sur soi, épaisse jusque dans la réalité du Mal qu’il ente en lui jusqu’au plus profond de ses rêves ; il en demeure hanté, haletant et malheureux. Sade est le philosophe de ce réel-là.
Notre édition des Infortunes de la vertu comporte une substantielle postface de Justine Legrand. Justine Legrand nous a donné, par ailleurs, en 2012 : André Gide, de la perversion au genre sexuel. Et elle préparera pour la collection « Cardinales », une édition de quelques textes d’Auguste de Villiers de l’Isle-Adam.

Paris, décembre 2013

 

Marquis de Sade