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Anne Prouteau

Biographie

Elle enseigne la littérature française du XXe siècle à l’Université catholique de l’ouest à Angers. Sa recherche porte sur la littérature contemporaine, et, en particulier, sur le corpus camusien : articles scientifiques (figures du temps, la notion de réparation, poétique du théâtre) ; rédaction de notices dans le Dictionnaire Camus (sous la direction de Jeanyves Guérin, 2010). Secrétaire de la Société des études camusiennes,  elle vient de faire paraître avec Agnès Spiquel, aux éditions Septentrion,  Lire les Carnets d’Albert Camus (2012).

Sur son ouvrage

Ce travail, nous dit Anne Prouteau, (Albert Camus ou le présent impérissable) révèle chez Camus une préoccupation de l’instant présent, qui n’est, ni accessoire, ni périphérique dans l’œuvre, mais absolument centrale. Né en Algérie, cette terre où l’avenir n’a pas de sens, l’écrivain est profondément marqué par ce peuple algérois dont il dira dans Noces qu’il est « tout entier jeté dans le présent ». Atteint de tuberculose alors qu’il vient d’avoir  dix-sept ans, il découvre l’envers du décor et la présence de la mort lui devient familière. Loin de l’abattre, la maladie lui enseigne la valeur du temps.
Quelques que soient la forme empruntée et la diversité de ses représentations, la référence à l'instant motivée par la volonté camusienne de dompter le temps, ce vieil ennemi, est éclatante du début jusqu'à la fin de l'œuvre. A partir de ce questionnement et après avoir révélé certaines filiations littéraires qui ont pu former l'appréhension du temps chez Camus, cette étude détaille le passage de l'expérience du présent à l'écriture du présent en dégageant les invariants d'une telle esthétique. En dépit de l'évolution de la pensée camusienne, la référence à l'instant demeure, en se chargeant d'une dimension éthique. Traversé par le motif du commencement, l'oeuvre révèle un sens du kairos, une conscience de l'instant créateur plus que salvateur. Si Camus est bien nostalgique des origines, cette étude montre au final que cela n'équivaut pas à un retour au passé mais révèle un présent qui se confond avec la source et l'origine, un présent impérissable.
L’enjeu vital de cette quête du présent, est clair chez l’écrivain et ce livre propose d’en mettre à jour les manifestations esthétiques et d’en souligner l’enjeu éthique à travers une traversée diachronique de l’œuvre qui n’omet aucun des textes majeurs d’Albert Camus.
Le Monde titrait au printemps 2006 « Camus notre contemporain ». La lecture du discours du prix Nobel de littérature, Octavio Paz en 1990, trente-trois ans après Albert Camus, intitulé La quête du présent, permet d’ajouter un élément à la résonance si profonde de l’œuvre de Camus avec notre époque. Après avoir redit la ruine des idéologies que Camus avait su anticiper, l’écrivain mexicain termine en écrivant : « De la même façon que nous avons connu des philosophies du passé et du futur, de l’éternité et du néant demain nous aurons une philosophie du présent. L’expérience poétique peut-être une de ses bases. Que savons-nous du présent rien ou presque mais les poètes savent une chose, le présent est la source vive des présences »
Sans doute, et c’est l’objet de cette étude de le montrer, Camus a tenté de toute la force de son art d’exprimer les multiples facettes de cette quête du présent : si cette œuvre rencontre aujourd’hui à ce point nos contemporains, tout laisse espérer qu’en plus d’une pérennité, elle aura comme le soleil, une certaine postérité.



e-mail : anne.prouteau@uco.fr

Anne Prouteau